
Fascicule 4 : Les spongiaires
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Les ouvrages plus académiques ou scientifiques qualifient généralement les spongiaires de porifères. Ce terme qui signifie littéralement porteur de trous évoque leur aspect général tandis que le terme spongiaire fait davantage référence à la consistance de leurs corps mous. Qu’on les appelle porifères ou spongiaires, les éponges de mer ne sont pas des végétaux contrairement à ce que leur immobilité laisse penser. Ce sont des animaux sans cerveau, ni cœur, ni yeux, ni véritables organes. Leur corps est percé de milliers de petits trous, les pores, qui forment un système de filtration ultra-efficace.
L’éponge aspire l’eau de mer par de petits pores latéraux, les ostioles. À l’intérieur, des cellules spéciales capturent les bactéries, le plancton et les débris organiques pour se nourrir. L’eau épurée est ensuite rejetée par une ou plusieurs ouvertures plus grandes localisées au sommet, de l’animal et appelées oscules. En filtrant des volumes d’eau impressionnants chaque jour, les éponges nettoient activement les eaux de Zélande. Elles maintiennent la clarté de l’eau, ce qui permet à la lumière du soleil de pénétrer et de faire vivre tout l’écosystème.
Les éponges de Zélande ne vivent pas isolées mais forment de véritables hôtels pour d’autres organismes. Dans leurs cavités ou sur leur surface protectrice souvent recouverte d’un mucus toxique pour les prédateurs, de nombreuses petites créatures viennent s’abriter : des crevettes et des petits crabes s’y cachent, des limaces de mer et des nudibranches [] s’en nourrissent ou y pondent leurs œufs, des ophiures grimpent dessus pour mieux capter les particules alimentaires présentes dans la colonne d’eau.


Une éponge siliceuse : une subérite massive photographiée à Dreischor
La majorité des éponges de Zélande ont un squelette constitué d’un mélange de petits éléments squelettiques appelés les spicules. Ces spicules sont formés de silice (le composant du verre) et/ou d’une protéine élastique voisine du collagène et appelée la spongine. Ces éponges constituent la classe des éponges siliceuses.
Elles ont toutes les formes, toutes les tailles et toutes les couleurs imaginables.
Grâce à la spongine, elles sont souvent souples et moelleuses.

Toutefois, une petite minorité des éponges de Zélande ne sont pas siliceuses. Elles fabriquent un squelette rigide composé de carbonate de calcium. Elles constituent la classe des éponges calcaires.
Elles sont souvent toutes petites, leur taille ne dépassant guère plus de quelques centimètres.
Elles ont généralement une forme de tube ou de vase assez simple. Elles sont dures au toucher et un peu cassantes.


Une éponge calcaire : une éponge-houppette photographiée au Pont de Zélande
Aujourd’hui, siliceuses ou calcaires, les éponges de Zélande font face à de nouveaux défis : le changement climatique fait grimper la température de l’eau de mer et amène régulièrement de nouvelles espèces d’éponges venues du Sud qui transforment peu à peu le paysage sous-marin.
Les éponges siliceuses
Nom scientifique :
Celtodoryx ciocalyptoides
Taille :
Les plus grands individus atteignent 50 cm d’épaisseur pour une largeur maximale de 60 cm mais la largeur la plus fréquente se situe entre 20 et 30 cm.
Couleur :
La couleur est jaune poussin mais cette couleur peut être masquée par de nombreuses particules et épibiontes [] fixés sur l’éponge.
Où la trouver ?
Le plus souvent entre 2 et 20 m de profondeur, fixée sur des supports rocheux ou des fonds caillouteux ou sableux mais riches en débris de coquilles.

Eponges chinoises à Dreischor

Eponge chinoise recouverte de nombreux épibiontes []
Critères de reconnaissance :
L’éponge chinoise se présente sous 2 formes : la forme massive, épaisse, aux contours arrondis caractéristiques des vieilles éponges et la forme digitiforme en papilles tordues très irrégulières. La consistance est souple, élastique mais parfois plus compacte pour les formes massives.
Cette éponge est qualifiée de chinoise car elle est originaire de la mer jaune et la mer du Japon. Les premières observations en Europe ont été faites peu avant l’an 2000 vraisemblablement dans le cadre d’arrivée de naissains d’huîtres.
Là où elle s’implante, l’éponge chinoise supplante souvent les éponges locales dans l’occupation de l’espace et la recherche de la nourriture
Nom scientifique :
Halichondria panicea
Taille :
La taille maximale est d’environ 60 cm de diamètre et 5 cm d’épaisseur. La morphologie dépend toutefois de l’habitat : les spécimens exposés au courant sont moins épais tandis que ceux qui en sont abrités présentent une épaisseur plus importante.
Couleur :
Généralement, les spécimens vivant à des profondeurs plus importantes sont gris ou crème. Plus près de la surface, les spécimens sont verts en raison de la présence d’algues symbiotiques vivant à la surface de l’éponge.
Où la trouver ?
Dès la zone de balancement des marées, dans les eaux claires et agitées, dans les fissures des rochers, autour des stipes [] de laminaires [], sur des coquilles de mollusques ou des carapaces de crustacés.

Eponge mie de pain à Dreischor

Critères de reconnaissance :
L’aspect et la coloration générale peuvent se rapprocher de l’éponge chinoise mais, sur l’éponge chinoise, les oscules [] ne sont pas visibles alors qu’ils sont évidents sur l’éponge mie de pain.
Si deux éponges mie de pain issues d’un bourgeonnement se touchent en grandissant, elles fusionnent et forment un unique organisme. En revanche, si deux individus génétiquement différents se touchent, ils créent entre eux une véritable frontière de toxines et de cellules mortes à l’endroit du contact.
Nom scientifique :
Halichondria bowerbanki
Taille :
L’espèce forme des coussins sur lesquels s’érigent des branches en épis. Les colonies peuvent atteindre jusqu’à 25 cm de hauteur, avec des branches atteignant 12 cm de haut.
Couleurs :
Beige à brun en été, gris clair ou jaune en hiver.
Où la trouver ?
Le plus souvent, on la trouve fixée sur des substrats durs mais aussi parfois sur d’autres animaux, des ascidies [] par exemple.

Halichondrie cierge à Dreischor

Critères de reconnaissance :
L’espèce est très polymorphe mais les extrémités des branches sont toujours aplaties en forme de spatule. Les oscules [] de petite taille se situent tout le long des branches, ces dernières sont très souples et peuvent plier sans se rompre. La surface est lisse et molle au toucher.
L’éponge cierge change de forme selon son environnement. Dans les zones calmes, elle développe de longues extensions qui ressemblent à des franges ou à des tresses. Dans certains milieux abrités, ces excroissances s’allongent tellement qu’elles finissent par ramper et s’accrocher à tout ce qu’elles croisent, créant de véritables boucles à la manière des tiges de ronces dans un jardin.
Nom scientifique :
Suberites massa
Taille :
Les exemplaires les plus courants ont généralement la taille d’un poing. Cependant, les structures bien développées peuvent s’étaler et atteindre jusqu’à 30 cm de diamètre. Le corps de l’éponge forme un coussin épais pouvant mesurer jusqu’à 10 cm d’épaisseur.
Couleurs :
Elle arbore une jolie couleur jaune beurre à orange vif.
Où la trouver ?
Souvent entre 4 et 6 m de profondeur, fixée sur des substrats durs (pierres, blocs de digues, vieilles coquilles d’huîtres ou de moules).

Subérite massive à Den Osse

Critères de reconnaissance :
La subérite massive forme une masse irrégulière avec des bosses, des crêtes et des lobes. Certains plongeurs y voient un parallélisme avec l’allure générale d’un cerveau humain. Elle est compacte, ferme au toucher et sa surface extérieure est plutôt lisse. Les oscules [] se trouvent au sommet des bosses.
Originaire d’eaux habituellement plus chaudes, la subérite massive est installée et prolifère en Zélande depuis la fin des années 1990.
Elle est parfois recouverte ou entourée de sédiments. Dans ce cas, seules les pointes orange des bosses dépassent.
Nom scientifique :
Cliona celata
Taille :
Une clione jaune ne dépasse généralement pas 20 à 30 cm d’étalement sous sa forme encroûtante et quelques millimètres d’émergence sous sa forme perforante.
Couleurs :
Jaune plus ou moins orangé pour les oscules de la forme perforante. Pour les grands exemplaires encroûtants, jaune soufre à orange ou même rouge-orangé selon les spécimens.

Cliones jaunes à Kattendijke

Où la trouver et comment la reconnaître ?
La forme perforante est la plus fréquente en Zélande mais elle est quasi invisible car l’éponge forme des galeries dans les supports calcaires qu’elle envahit. Il faut la chercher sur tout support calcaire, y compris les coquilles d’huîtres et de moules sur lesquelles la forme perforante ne laisse apparaître que les oscules [] surélevés.
La forme encroûtante est plus rare en Zélande. Le corps de l’éponge est alors visible en surface de la roche calcaire qu’elle érode en dessous d’elle.
Les cliones possèdent des cellules spécialisées qui combinent d’une part une attaque chimique par une sécrétion acide pour dissoudre le calcaire et d’autre part une action mécanique de détachement de copeaux de carbonate de calcium et leur évacuation par les oscules. Ainsi, seuls 2 à 3 % du substrat sont vraiment dissous, le reste est éliminé sous forme de minuscules morceaux par les oscules [].
Noms scientifiques :
Haliclona oculata
Taille :
Les individus atteignent jusqu’à 30 cm de hauteur. Les branches mesurent environ 7 mm de diamètre.
Couleurs :
Généralement de jaune pâle à beige mais on a déjà signalé des individus roses et lilas peut-être dus à la présence d’algues symbiotiques [].
Où la trouver ?
À partir de quelques mètres de profondeur dans les zones balayées par des courants marins, sur des fonds rocheux, sur les cailloux, sur la roche et sur les coquilles de mollusques.

Chaline oculée à Dreischor (Gemaal)

Critères de reconnaissance :
La chaline oculée est de forme arbustive. Le tronc et les branches portent des rangées de petits oscules [] de 1 à 3 mm de diamètre ronds et bien ordonnés. Il n’y a pas d’oscules [] apparents sur l’extrémité des branches. La consistance est ferme, la surface est lisse.
Pour résister aux courants, la chaline oculée fabrique des spicules, de minuscules aiguilles de silice pure qu’elle assemble en un réseau tridimensionnel parfait à l’aide d’une colle biologique, la spongine. Elle est ainsi flexible mais incassable.
La chaline oculée sert souvent de support à des caprelles et d’autres petits crustacés amphipodes [].
Noms scientifiques :
Haliclona xena
Taille :
L’éponge se compose d’une base massive et encroûtante de 10 à 40 cm de diamètre d’où émergent des tubes et des digitations solides qui mesurent entre 5 et 6 cm de longueur et 1 cm de diamètre.
Couleur :
La couleur est la plupart du temps rose mais on trouve des individus jaunes, bruns ou pourpres, selon les algues symbiotiques [] hébergées par l’éponge.
Où la trouver ?
Entre 0 et 10 m de profondeur, sur des supports rigides, particulièrement dans les bancs d’huîtres ou à leur proximité immédiate.

Chalines étrangères au Pont de Zélande

Critères de reconnaissance :
Les oscules [] terminaux sont un peu plus étroits (de 1 à 6 mm) que le diamètre du tube. Ils sont de forme circulaire mais leur contour est irrégulier. La consistance de cette éponge est molle, sa sensation est douce au toucher mais elle est très fragile.
Vers 1977, on a commencé à observer en Zélande cette nouvelle éponge tubulaire. Il a fallu attendre 1986 pour que Wallie de Weerdt la décrive officiellement et lui donne son nom scientifique. Cette éponge exotique a été introduite en Zélande maison ignore encore aujourd’hui sa région d’origine.
Les éponges calcaires
Nom scientifique :
Leucosolenia variabilis
Taille :
Les individus sont composés d’une base mince de quelques cm de diamètre formée de petits tubes organisés en réseau. De ce réseau partent d’autres tubes entrelacés et ramifiés qui mesurent chacun 2 cm de hauteur et 1 à 2 mm de diamètre.
Couleur :
Le plus souvent blanche mais parfois jaunâtre ou grisâtre.
Où la trouver ?
Dans les endroits ombragés à faible profondeur, voire dans la zone de balancement des marées, souvent fixée sur des algues, des hydraires [] ou des ascidies [].

Eponge-houppette à Dreischor

La découverte d’une éponge-houppette nécessite souvent une grande attention.
Saurez-vous découvrir celle-ci au milieu des moules, des ascidies et des éponges siliceuses au milieu desquelles elle se dissimule
Critères de reconnaissance :
Des petits tubes très fins rampent et s’entrelacent en réseau directement sur le substrat []. De cette base, s’élèvent verticalement des petits tubes libres, souvent regroupés en touffes hirsutes ou en petits buissons désordonnés.
La grande finesse des parois calcaires rend cette éponge très délicate et très fragile. Evitez donc de la toucher !
Le nom vernaculaire [] évoque les incroyables changements de forme que prend cette éponge selon les conditions dans lesquelles elle vit
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Nom scientifique :
Sycon ciliatum
Taille :
Cette éponge mesure au maximum 5 cm de hauteur
Couleur :
Souvent blanchâtre, parfois brunâtre.
Où la trouver ?
A partir de la zone de balancement des marées et à toute profondeur, de préférence sur des supports verticaux et sous les surplombs mais parfois aussi sur les stipes [] de certaines algues.

Eponge petit œuf à Wolphaartsdijk

Critères de reconnaissance :
La forme de petite outre cylindrique et la collerette de spicules [] rayonnants autour de l’oscule ne permettent aucune confusion avec une autre espèce.
L’enveloppe extérieure de l’éponge petit œuf semble couverte de poils. Ce sont en réalité des spicules [] de carbonate de calcium, des sortes de micro-aiguilles.
Cette texture a une fonction très précise : lorsque la marée descend et que l’éponge se retrouve à l’air libre, les spicules retiennent l’eau par capillarité. Cela crée un micro-climat humide autour de son corps et empêche l’air de pénétrer et de désamorcer son système complexe de canaux de filtration.
Nom scientifique :
Sycon quadrangulatum
Taille :
Cette éponge se présente sous la forme d’un long tube mesurant entre 5 et 15 cm de longueur
Couleur :
Le plus souvent entre blanchâtre et crème, parfois brune ou orangée
Où le trouver ?
A faible profondeur, cette espèce vit fixé sur des supports rocheux, des épaves ou des algues. Elle s’installe volontiers sur les piliers, les pilotis et les pieds des pontons.

Grand sycon à Oesterdam

Critères de reconnaissance :
L’extrémité du long tube porte un oscule [] unique entouré d’une couronne de fines épines plus ou moins longues qui sont en fait des spicules [] isolés. La surface est assez rugueuse et la consistance ferme. Le grand sycon est souvent observé en grappes de plusieurs individus.
Comme la plupart des éponges calcaires, le grand sycon cest une espèce à sexes séparés. Les spermatozoïdes des individus mâles sont évacués en pleine eau et pénètrent à l’intérieur des individus femelles par les pores inhalants. Ils sont alors captés par les collerettes de cellules spécialisées dans lesquelles ils se transforment en kystes avant de s’unir aux ovocytes donnant naissance à des larves ciliées nageuses qui seront rejetées en pleine eau. Dans les 48 heures qui suivent la fécondation, les larves se fixent sur le fond et engendrent de nouvelles éponges.
La beauté des spongiaires
























